Les  idées réformées dans l 'Ouest et en Poitou


I-Les événements avant-coureurs de la Réforme

Les nouveautés au XVe et XVIe

L'invention de l'imprimerie active les échanges et le développement de la connaissance. La Bible est le premier livre édité par Gutenberg en 1450. Très vite, des imprimeries portatives permettent d'écrire des pamphlets ou de défendre des thèses avec une assez large diffusion. C'est ainsi que des pensées nouvelles diverses se répandent, ce qui inquiète les autorités de l’Église catholique, qui se sentent mises en question.

Les HUMANISTES :

Lefèvre d'Etaples vulgarise la Bible en la traduisant à l'usage des fidèles. En Poitou, une université est ouverte depuis 1432 à Poitiers, on y étudie le Droit et les Arts et 15 collèges fonctionnent, dont certains sont florissants comme Saint-Maixent, Parthenay et Fontenay-le-Comte. Dans cette ville, un moine érudit, Philippe Bertin est brûlé vif pour hérésie en 1448.


Les DÉCOUVERTES :

Christophe Colomb, subventionné par la Castille, découvre l'Amérique. Les ports de la rive ouest vont se développer, en particulier La Rochelle. Le monde s'élargit et les rêves de refaire sa vie dans un monde nouveau peuvent prendre corps.

 

La Bible

Les ARTS :

La Bible

Les guerres d'Italie suscitent en France le désir de bâtisses élégantes. François 1er y est vaincu, mais il en revient ébloui par la peinture et la sculpture du “quattrocento”. Il convainc Léonard de Vinci de le rejoindre à Amboise où il mourra au Clos Lucé. Dans toute la société, la comparaison du XVe siècle avec l'Antiquité, permet une sorte de retour aux sources, qui ouvre sur de nouvelles bases.


II-Arrivée de La Réforme

Martin Luther

Portrait de Martin Luther

En Allemagne, un moine augustin, Martin Luther s'inquiète de l'augmentation des indulgences  pour le pardon des péchés. Le clergé va même jusqu'à réclamer des indulgences aux riches, pour réduire le temps au purgatoire des parents défunts... Il est vrai que  la construction de la magnifique basilique Saint-Pierre de Rome nécessite de grandes dépenses. Luther découvre que Dieu pardonne gratuitement ceux qui croient en Jésus-Christ. Il voudrait réformer l’Église, mais les suggestions qu'il envoie à Rome sont rejetées. Il ose défier l'autorité du Pape, il affiche en 1517 ses convictions en 95 thèses, sur les portes de l'abbaye de Wittenberg (Allemagne). Il critique :

  • les indulgences,
  • l'adoration des reliques, qui instaure des différences entre les églises les moins bien équipées,
  • le fait que la bible soit lue seulement par les clercs,
  • le célibat des prêtres,
  • les vœux monastiques,
  • le caractère sacrificiel de la messe, ...

Et déclare que “l'homme est sauvé de la condamnation et du désespoir par la seule grâce de Dieu”. C'est la lecture de l’Écriture Saint qui le révèle à l'homme, c'est donc à elle seule qu'appartient l'autorité. Il est excommunié en 1520. Ses idées se répandent, elles sont contestées par les autorités politiques. Le pouvoir spirituel et le pouvoir temporel se liguent contre lui, il est mis au ban de l'Empire germanique.


Jean Calvin

Portrait de Jean Calvin

Calvin arrive une génération après Luther, né en Picardie en 1509, il se prépare à la prêtrise. Il fait ses études secondaires à Paris, puis rejoint Orléans et Bourges pour étudier le droit. Il est attiré par les idées de Luther. Il participe à l'élaboration du discours de rentrée à la Sorbonne de Nicolas Cop en novembre 1533. Les autorités sont choquées car elles y ressentent l'influence luthérienne, ses auteurs sont obligés de se cacher. Calvin se fait appeler le Sire d'Espéville. Il se réfugie en Angoumois chez son ami Du Tillet et va jusqu'à Nérac pour rencontrer Lefèvre d'Etaples. Son passage à Poitiers sera très marquant pour la province. C'est à cette époque qu'il se détache peu à peu de l'église catholique.
Le roi François Ier, qui pourtant avait une oreille attentive envers les idées nouvelles, est offusqué en 1534 par les affiches contre la messe, jusque sur la porte de sa chambre au château d'Amboise, c'est “l'Affaire des Placards”. Il fait dresser des bûchers et mène lui-même la procession. Calvin fuit à Bâle et adresse au roi de France, une lettre célèbre pour défendre ceux qui sont arrêtés, suite à cette affaire. Il fait traduire la Bible en français en 1535 par son cousin spécialiste en hébreux, cette première édition de la Bible d'Olivétan est financée par les Vaudois, quinze cents écus d'or.
Calvin arrive à Genève en 1536 quand le Conseil de cette ville rejette les prêtres et le clergé tout en décrétant l'éducation obligatoire et gratuite. Calvin cherche à donner aux maîtres, des outils pour un enseignement plus égalitaire. Puis il devient pasteur des réfugiés français à Strasbourg qui est une ville très tôt réformée, puisqu’elle a rejeté les prêtres en 1529, juste après Berne. Il se forme en théologie auprès des meilleurs spécialistes de grec et d'hébreux. Il se marie et est rappelé à Genève. Il tarde à y revenir,  puis s'attache à y organiser une vie publique selon les Dix Commandements de l'Ancien Testament et les Évangiles.


Il trouve les luthériens trop conciliants envers les catholiques, il ne réussit pas à s'entendre avec eux si bien que les protestants se séparent entre luthériens et réformés. Il tient à séparer le pouvoir politique du pouvoir religieux. Il publie un catéchisme destiné aux enfants, en 1542 qui deviendra celui de tous les pays de langue française. Il sort une méthode de lecture “l'A.B.C. Genevois”, reproduite aussitôt en France dans les écoles catholiques. Il fait de Genève le centre de la Réforme en Europe. Il influence ainsi une partie de l'Europe du Nord par le flot de sa correspondance, plus de 4000 lettres, dans un style clair, bref, caractérisé par la vigueur de l'expression et la rigueur de l'argumentaire. Calvin structure les vraies églises, qui selon lui, sont appelées à remplacer l'église catholique et romaine. Ses sermons ne sont jamais écrits à l'avance, ils sont connus par l'intermédiaire de ses étudiants. Ses œuvres sont regroupées en 90 volumes. L'Institution de la religion chrétienne paraît en 1549, elle est le premier livre de théologie qui n'est pas publié en latin, il l'amplifiera et la remaniera jusqu'en 1559.

PROTESTANTS ou CATHOLIQUES ?
Les protestants doivent lire la Bible et s'y conformer, ils ne gardent que deux sacrements : le baptême et la communion. Le mariage n'est plus un sacrement, ni l'extrême-onction. Les croyants exercent ensemble la responsabilité du témoignage. Selon le Concile de Trente, les catholiques doivent l'obéissance absolue à l’Église, la Bible n'est pas lue par le peuple, on écoute le clergé qui la commente. Un quart des Français passeront peu à peu à la Réforme.

Le RÔLE des COLPORTEURS
L'obligation pour les protestants de lire la Bible dynamise l'imprimerie, mais comment diffuser tous ces livres? A Genève, en 1536 Jean Gérard, venu de Suisse installe une imprimerie, puis Laurent de Normandie qui a étudié avec Calvin à Orléans et Robert Estienne font de même... En 1550, plus de 130 ateliers sont en activité. Les livres de langue française sont essentiellement destinés à la France où ils sont interdits par la Sorbonne. Ils arrivent clandestinement à Lyon chez les libraires, par des colporteurs ou des marchands. Les colporteurs sillonnent les campagnes offrant dans les villages de la mercerie, des livres bon marché, des calendriers... Ces transports, d'abord clandestins, ont été réglementés par la suite. Du XVIe au XIXe siècle, ils ont contribué à répandre la Réforme. Les prédicateurs sont souvent eux-mêmes porteurs des livres de Calvin.


III - Diffusion des idées nouvelles

Strasbourg passe à la Réforme très tôt, elle est proche de l'Allemagne. Les pasteurs prennent le pouvoir progressivement, en 1528, les 300 échevins votent, 182 sont pour la suppression de la messe. Elle va servir de modèle à la Rochelle.

en Poitou

Depuis la découverte des Amériques, les armateurs de la Rochelle recherchent une farine pour alimenter les marins pendant les grandes traversées. Les  terres des bords de la haute vallée de la Sèvre donnent d'assez faibles rendements en blé, mais cette farine “minot de Bagnault” acquiert vite une grande réputation : elle ne moisit pendant les grands voyages vers l'Ouest ! Le secteur s'enrichit et les échanges avec les marchands rochelais se développent. D'autre part à la Mothe Saint-Héray et Saint-Maixent, les tisserands sont nombreux. Les draps de laine de la Mothe Saint-Héray sont reconnus par le tampon royal. Ils se commercialisent jusque dans les foires d'Allemagne du Nord... Les idées suivent toujours les déplacements. En 1534, sur la route de Nérac tout en cherchant un refuge à Angoulême, Calvin traverse Poitiers, et y reçoit un accueil chaleureux. Trois colporteurs s'engagent à sillonner la province avec des Bibles, dès que Genève a pu les éditer. Calvin y gardera toute sa vie plusieurs correspondants de la Réforme. Très tôt les idées luthériennes “infectent” le Poitou, selon François Ier. Dès 1555 trois églises réformées sont dressées en Poitou : Poitiers, Loudun et Châtellerault.

à La Rochelle

En l'île de Ré, nombreux sont ceux qui refusent de payer la dîme, est-ce une première manifestation de l'hérésie de Luther et Calvin ? 500 Rétais subissent violence et pillage du sergent qui les poursuit. Les maisons d'oraison se multiplient. La première église réformée est installée à la Rochelle en 1558. Antoine de Bourbon et Jeanne d'Albret viennent en cette ville en 1559, ce qui rassure les habitants. On enregistre officiellement les baptêmes et les délibérations du consistoire protestant. Les échevins réussissent à faire vivre côte à côte, catholiques romains et réformés. En 1561, les offices et prêches se succèdent dans les églises Saint-Sauveur et Saint-Barthélémy. Le roi interdit ces arrangements. Quelques turbulents brisent des statues. Montpensier occupe La Rochelle pour le compte du roi.
En 1570, pendant les guerres de religion, le synode de la Rochelle avec Théodore de Bèze, venu de Genève et Jeanne d'Albret, revoit le texte fixé à Paris en 1559 qui devient la Confession de Foi de La Rochelle. Ce texte est encore une référence aujourd'hui. La ville devient la capitale protestante de la France. L'autorité royale essaie de déjouer tous les plans.

à Paris

François Ier, dans un premier temps est favorable aux idées nouvelles, mais il s'allie au pape puis aux états germaniques protestants. L'affaire des Placards le range définitivement du côté catholique. Il soutient la Sorbonne contre les idées nouvelles jusqu'à sa mort en 1547. Les évêques deviennent des auxiliaires de police. L'université est chargée de rejeter l'hérésie. Les rapports avec Strasbourg ou Genève sont interdits. Les biens des émigrés sont confisqués, on surveille les précepteurs suspects. Les blasphémateurs sont soumis à divers supplices et à la 8ème récidive, on arrache la langue. Pour les hérétiques, un seul supplice, la mort!


IV-Les guerres de Religion

Les autorités catholiques s'inquiètent, elles veulent enrayer le développement de cette nouvelle religion. Chacun croit qu'il a raison et après les disputes, on en vient aux armes. Longtemps, aimer sa religion signifie détester celle d'autrui. On distingue habituellement 8 guerres de religion de 1562 à 1598 qui opposent en France catholiques et protestants. Leur histoire est remplie d'alliances contre nature, les rois et les grands féodaux y cherchent leurs intérêts. Un  signe avant-coureur est la conjuration d'Amboise de 1560, où les seigneurs protestants ayant voulu enlever le jeune roi à l'emprise des Guise, sont pendus.

 

Des PROTESTANTS ICONOCLASTES :
Souvent, les protestants chassent les catholiques des églises pour prendre leur place, ils cassent statues et vitraux. En Poitou, les églises de Parthenay sont pillées le 16 mai 1562 et à Thouars, les protestants n'épargnent que l'église St Médard où ils installent le prêche. Les responsables ne peuvent contenir le zèle de ces prédateurs. La magnifique abbaye royale de Celles-sur-Belle est détruite.

Les conflits :

  • Les hostilités commencent par le massacre des protestants qui assistaient à un prêche en Champagne, par les gens du Duc de Guise, le 1er mars 1562.
  • 1563 C'est la paix d'Amboise qui autorise le culte dans le faubourg de certaines villes. Les protestants voyant l'influence espagnole, reprennent les armes, ce sera la paix de Lonjumeau.
  • En 1568, La Rochelle devient la capitale protestante de la France.
  • 1569 est l'année des défaites pour les protestants. La nuit du 24 août 1572, au son du tocsin, les Parisiens se déchaînent contre tous les protestants, c'est le massacre de la Saint Barthélemy qui restera dans les mémoires, avec 3000 victimes à Paris... Des massacres similaires se déroulent aussitôt dans les grandes villes du royaume. Les seigneurs poitevins sont sauvés par un mariage local, le seigneur de Montausier. Henri de Navarre, qui a abjuré reste prisonnier à la Cour. Il ne s'en évade que quatre ans plus tard après de nombreuses tentatives. Il  redevient alors le chef des protestants.
  • En 1576, l'édit de Beaulieu accorde la liberté de culte aux huguenots, partout, sauf à Paris.
  • 1577, c'est la Paix de Poitiers, les huguenots dont le nombre se réduit, ont leurs lieux de culte diminués. C'est également la fin de la 6ème guerre de religion.

24 août 1572, Le Massacre de la Saint-Barthélemy

24 août 1572, Le Massacre de la Saint-Barthélemy

REPRISE des HOSTILITÉS :

  • 1579, c'est la paix de Fleix, les protestants obtiennent des places de sûreté pour six ans.
  • En 1585, la Ligue réclame un édit contre les hérétiques. Les catholiques auront désormais leurs places de sûreté, le culte réformé sera interdit sur le territoire. Les protestants doivent abandonner leurs emplois publics, mais les protestants restent très respectueux à l'égard de la monarchie.
  • D'avril 1586 à octobre 1587 Henri de Navarre réside en Poitou-Charentes. Henri III envoie son armée dirigée par le duc de Joyeuse contre Navarre à Coutras (aux environs de Bordeaux). Navarre vainqueur est respectueux des vaincus, il rend les corps des victimes. Pendant ce temps, 25000 hommes pillent la Lorraine. Guise les surprend et s'acharne contre les traînards. Henri III est accusé de leur avoir accordé une capitulation honorable. Henri III est très isolé. Le duc de Guise est acclamé aux états généraux réunis à Blois, Henri III feint de signer ce qu'ils désirent. En réalité, il le fait poignarder le 23 décembre 1588 et se débarrasse de sa famille. Les Parisiens occupent l'Hôtel de ville. Beaucoup de villes Orléans, Amiens, Lyon … passent à la révolte. Henri III transfère le Parlement à Tours.
  • En mars 1588, Navarre a quitté définitivement la Gascogne et s'est installé en Poitou-Charentes
  • En Poitou l'armée protestante reprend Loudun et Châtellerault puis Thouars où le duc de la Trémoïlle, ouvre ses portes. Navarre vient au secours du roi et se dirige vers Paris.
  • Jacques Clément, jeune moine avec une fausse lettre de recommandation, assassine Henri III qui meurt dans les bras de Navarre.
L'abjuration d'Henri IV, le 25 juillet 1593

Henri IV termine les guerres

Le 1er août 1589, Henri de Navarre devient Henri IV. Il doit reconquérir une partie de son royaume, l'Angleterre lui envoie des secours. La noblesse française se rallie à Henri IV fin 1591. Henri IV reprend toutes les banlieues de Paris. Sa religion l'empêche d'entrer dans la capitale. L'évêque de Beaune accepte son abjuration. Il ne change pas de foi, il garde la sienne, mais il change d’Église, c'est à cette occasion qu'aurait été prononcé la célèbre phrase : “Paris, vaut bien une messe”. Le 27 février 1594, Henri IV est sacré à Sainte Eustache. A deux reprises, on tente d'assassiner le roi.

Quatre millions de morts sont imputables à ces 36 ans de Guerres de Religion.


L'abjuration d'Henri IV, le 25 juillet 1593

L' Édit de Nantes

Duplessis-Mornay, Gouverneur de Saumur, a préparé l'Édit de Nantes qui donnera des droits aux  protestants.


  • Les protestants sont une communauté connue et acceptée.
  • Ils ont la liberté de culte où ils l'exerçaient en août 1597 et dans les châteaux de 3500 seigneurs.
  • Ils ouvrent des écoles dans les lieux où le culte est autorisé. Des collèges et des universités ouvrent à Saumur et à Montauban.
  • Ils ont le droit de transmettre leurs biens par testament.
  • Ils obtiennent la parité des juges pendant leurs procès et peuvent prétendre à toutes les charges.
  • En cas de conflit, ils pourront se retrancher dans des places fortes, comme Niort, Thouars ou Saint-Maixent.
  • Ils doivent payer la dîme car ils sont reçus dans les hôpitaux.
  • Les ministres sont exempts de taille comme les curés.
  • Les protestants ne sont pas astreints aux frais du culte catholique.
    Et Henri IV demande qu'une partie des cimetières catholiques soit réservée pour l'inhumation des protestants, comme on peut le voir à Melle. Mais cet édit limite néanmoins leur expansion, le culte est interdit dans les villes des ligueurs, en particulier à Paris.

V-Restrictions progressives des droits

MISE en PLACE de L'ÉDIT DE NANTES

Les parlements provinciaux refusent d'enregistrer cet édit. Les catholiques sont furieux, pourtant ils ont obtenu que les protestants paient la dîme au clergé, mais les protestants ont beaucoup trop de droits et de ... places fortes. “Deux cents, c'est un État dans l’État!”. Cependant les commissaires royaux doivent faire appliquer l'édit. Il faut trouver un lieu de culte pour les huguenots dispersés, les catholiques vont reprendre quelques églises en pays protestants. Le roi espère la réconciliation. Depuis deux générations, on est divisé, il faudra supporter pour les catholiques le culte protestant et pour les protestants le retour du clergé dans les villes. Henri IV a raison des susceptibilités, il limite les pouvoirs des gouverneurs. Sully restaure la taille en la baissant, il augmente les impôts indirects et remet les finances en état. Le retour à la vie normale apaise les esprits.

Assassinat d' Henri IV

Les jésuites forment des jeunes gens à tête bien faite. Cette élite pèsera sur les destinées du royaume, ce sera un des instruments de la reconquête catholique. Les prêtres montrent que l’Église catholique réformée par le concile de Trente est la vraie. L'autre n'est qu'une Religion Prétendue Réformée (RPR). En 12 ans, 12 tentatives d'assassinat du roi ont lieu. Ravaillac, un exalté, poignarde Henri IV en mai 1610, le lendemain du couronnement de la reine.

Défaite des protestants

Dès 1612, Niort voit arriver la première congrégation, les capucins s'installent dans les faubourgs du port. Jusqu'en 1648, successivement les charitains, les oratoriens, les bénédictines, les ursulines, les franciscaines, les hospitalières, puis les carmélites s'organisent pour aider à la réimplantation du catholicisme dans cette ville. Le Pape déclare le Poitou et l'Aunis “terre de mission” en 1617. Louis XIII est un roi guerrier, il “se repaît des opérations militaires et son grand plaisir est de s'y exercer” selon les observateurs vénitiens. Le 3 avril 1621, un édit augmente la gabelle, afin de financer une armée de 40 000 hommes à pied et 6000 chevaux. Louis XIII part vers le sud contre les places protestantes, il prend Saint-Jean-d'Angély, puis assiège Montauban. Malgré tous les efforts d'Henri de Rohan et les édits signés par le roi, l'Édit des Nantes n'est pas respecté, Louis XIII reprend 80 places fortes. Toutes les murailles, forteresses ou châteaux sont démolis par un édit de 1623, ainsi le château d'Exoudun devient le “château rasé” après la démolition de son chemin de ronde, bien d'autres seront mutilés de la sorte. Après 15 mois de siège, la Rochelle se rend en1628. Les trois-quarts des habitants sont morts de faim. C'est en 1629 par la grâce d'Alès que les places de sûreté sont supprimées, cependant Richelieu ne fait aucune discrimination dans la distribution des charges et des offices.

SUITE de RESTRICTIONS des DROITS ACCORDÉS par L'ÉDIT de NANTES :

  • Il est interdit aux protestants de travailler pendant les fêtes catholiques et ils doivent décorer leurs maisons à l'occasion des processions.
  • En 1634, les “Grands Jours de Poitiers” condamnent les violences de plus de deux cents nobles.
  • Les églises protestantes doivent justifier de leur existence avant 1597.
  • À Melle on rétablit la messe et le temple se trouvant trop près de l'église catholique, sera démoli en 1641.
  • Les protestants parisiens ne peuvent pas s'entretenir avec un ambassadeur étranger.
  • En 1638, Henri de Sponde, évêque, écrit J'ai démontré qu'il était impie que les hérétiques soient ensevelis dans les mêmes monuments que les catholiques. S'il arrive que quelques-uns y soient ensevelis, on doit les en exhumer... ceux qui ont enterré des hérétiques seront  excommuniés”.
  • Les jésuites monopolisent l'éducation et les collèges protestants ferment.
  • Profitant de la minorité de Louis XIV, la noblesse se révolte. Les protestants défendent, le roi qui confirme l'Édit de Nantes en 1653, mais ces bonnes dispositions ne dureront pas. Sous divers prétextes les temples seront démolis.
  • En 1656 Mazarin, qui a été tiède pour la religion, semble déclarer la guerre à l'hérésie. C'est qu'il est question de marier le jeune Louis XIV à l'infante d'Espagne, il faut donc donner des gages au pays de l'Inquisition.
  • En 1659, au Synode de Loudun, Louis XIV décide que ce sera le dernier.
  • En 1660 le roi bannit les relaps ainsi que les pasteurs ayant converti des catholiques. Un relaps retournant au temple provoque sa démolition.
  • En 1661 se sera l'interdiction de chanter les psaumes hors des temples. La répression s'intensifiera jusqu'à la Révocation de l'Édit de Nantes en 1685.
  • En 1677 les Parlements de Paris et des Provinces multiplient les arrêts contre les protestants.
  • En 1683 il sera interdit aux protestants de se rassembler hors des temples.

La CAISSE des CONVERSIONS :
Le nouveau converti est bien traité. En 1676, la France souffre d'une longue crise économique, c'est le moment d'offrir de l'argent aux protestants pour qu'ils deviennent catholiques. La caisse des conversions appartient aux évêques, cependant des intendants y puisent. En 3 ans, seulement 10 000 convertis, les huguenots ont aussi multiplié leurs efforts auprès des pauvres pour éviter ces conversions.

La “TAILLE” :
L'intendant Marillac en arrivant en Poitou, va modeler la taille selon la religion. Ceux qui acceptent de revenir au catholicisme la voient baisser, et ceux qui persistent, la voient augmenter, parfois tripler en 2 ans. Marillac pense ainsi éteindre le protestantisme en Poitou. Mais le résultat se fait attendre.

Les “Dragonnades”

Le logement des gens de guerre n'était pas une charge nouvelle, elle devient insupportable car au lieu de réprimer la licence du soldat, on la provoque. Dès 1661, le Duc de la Veuille gouverneur du Poitou envoie ses gardes à Foussay, logés 6 à 6, 10 à 10 chez les réformés et qui mirent en usage toutes les violences possibles pour obtenir des conversions. Vingt ans plus tard, son successeur Marillac prétend que les protestants sont des mauvais payeurs, c'est ainsi qu'il justifie l'arrivée des soldats en Poitou. Les compagnies de dragons sont envoyées en Poitou pour convertir les protestants. Cependant dès août 1681, les soldats malmènent les protestants jusqu'à ce qu'ils abjurent, il ne faut pas les faire mourir. Un protestant de moins, signifie un catholique de plus. Ces dragonnades dont le Poitou a la triste primeur, vont s'étendre à tout le pays. En 1685, c'est la deuxième dragonnade. Plus d'exception, les familles nobles subissent également les dragons. Madame de Maintenon est née à Niort, petite fille d'Agrippa d'Aubigné, compagnon de Henri IV. Elle écrit à son frère “apprêtez-vous à acheter des terres en Poitou, elles vont devenir bon marché”. Cela ressemble à un délit d'initié !

Dragons sous Louis XIV 

Dragons sous Louis XIV


VI- Révocation de l'édit de Nantes

Interdiction définitive

En octobre 1685, l'Édit de Fontainebleau annule ce qui était permis aux protestants par l'Édit de Nantes. Les pasteurs ont 15 jours pour quitter le royaume, les autres ne peuvent plus partir. Les protestants n'ont plus aucun droit, ils n'existent plus!

 

COMMENT LES HUGUENOTS PEUVENT-ILS SURVIVRE ?

  • en se convertissant à la religion catholique et en se soumettant à l'instruction catholique pour eux et leurs enfants.
  • en menant une résistance passive, ils ne sont pas vraiment obligés d'assister à la messe, mais les notables sont plus surveillés que le petit peuple.
  • en se contentant d'un contrat de mariage passé devant notaire, puisque Calvin a dit que le mariage n'est pas un sacrement.
  • en faisant semblant de se convertir tout en lisant la Bible en secret, dans les sites à paysage bocager.
  • en partant clandestinement pour l'exil.

Le POUVOIR ROYAL et l’ÉGLISE CATHOLIQUE :
Par la faute de Marillac, Louvois apprend que le courant d'émigration du début du règne de Louis XIV lent et faible, s'intensifie. Les dragonnades commencent à devenir un grief européen. Les protestants français arrivent à l'étranger en foule, à cause de la maltraitance des soldats. Ils apportent dans les pays ennemis ou rivaux leur savoir-faire d'artisans ou de commerciaux. Ce sera une perte pour l'économie française. Louvois demande à Marillac, mais en vain, de faire cesser la violence des cavaliers.

 

ORGANISATIONS CLANDESTINES :
Ceux qui choisissent de rester en cachant leur religion, vont vivre une période que l'on appellera “le Désert”, ce qui sera pour eux une vie sans état civil. Les protestants des Cévennes ne se contentent pas d'une résistance passive comme dans l'Ouest. Ils prennent les armes. L'intendant de Bâville en poste en Poitou, est envoyé dans les Cévennes. Il met fin à la guerre des Camisards en 1710.

Louis XIV recevant en 1664

Louis XIV recevant en 1664


Une assemblée secrète dans le Poitou

Les MASSACRES :

Deux ans après la révocation, le culte est repris sous forme d'assemblées secrètes. Le 1er février on est 1500 à Grand Ry en Poitou. Le 22 février 1688, dans cette ferme fortifiée isolée à 20km de Niort, l'assemblée est prévue en plein jour, elle est si nombreuse qu'elle se tiendra dans le pré. C'est le drame à Grand Ry ! L'intendant Foucault traduit dans ses mémoires la position du roi qui “approuvait sa diligence” et voulait qu'on ordonne aux dragons “de tuer la plus grande partie des religionnaires qu'ils pourront joindre, sans épargner les femmes, afin que cela puisse les intimider ...”.

 

Les assemblées illicites sont ensuite mieux organisées. Les assemblées réussies n'ont pas laissé de traces, elles étaient conçues comme une fête à laquelle on se préparait.

 

Une assemblée secrète dans le Poitou



VII- L'exil

Les personnes qui connaissent des possibilités d'accueil dans les pays étrangers vont tenter de quitter le royaume, même si c'est interdit. En simplifiant, les protestants de l'Ouest se sont partagés entre l'Angleterre, la Hollande et l'Allemagne, en faisant souvent escale dans les îles anglo-normandes. De nombreux autres protestants poitevins quittent le pays par la Rochelle ou par Nantes. Certains partent pour les Amériques, mais s'ils vont au Canada, ils sont rattrapés par les prêtres.

APPAUVRISSEMENT de la FRANCE :
Les artisans n'avaient rien à perdre, ils ont emporté leur savoir-faire dans les pays d'accueil, ce qui a appauvri le royaume. Les artisans cévenols ne manquent pas d'apporter à Londres les techniques du tissage de la soie... Les libraires “Bureau” de Niort s'installeront à Londres, ils laissent leur mère avec la librairie dévastée, les ouvrages dans la rue, piétinés par les chevaux. Ils ne peuvent que fuir ! La mode va bénéficier de l'arrivée de nombreux français en Hollande. Les orfèvres de Blois quitteront la Loire pour le Jura, qui n'est pas encore en France. Les facteurs de flûte de Loudun emportent probablement leur secret en Allemagne du nord, car “l'élevage du buis” en Poitou, disparaît. Heinrich Schütz influencé par les italiens et son élève Jean-Sébastien Bach en ont peut-être hérité. On sait que Schütz a fréquenté la cour de Zell.


VIII- Réorganisation de l’Église

Pendant la seconde moitié du XVIIe siècle, l'activité des dragons se ralentit, c'est déjà la 4ème génération qui résiste à toutes les pressions. Dès 1730, Antoine Court du Vivarais, crée une institution à Lausanne pour former les pasteurs français.

L’Édit de Tolérance

Lors du sacre, le roi Louis XVI oublie la phrase concernant l'extermination des hérétiques. Malgré  une forte opposition, il signe l'édit du 17 novembre 1787, que l'on nomme l’Édit de Tolérance, qui ré-accorde un certains nombre de droits aux protestants. Il ne concerne que l'état civil pour “le présent et le passé” qui est rendu aux protestants. Ils peuvent se faire inscrire dans les tribunaux auprès des juges. Ils ne retrouvent en aucune manière le droit d'exercer leur religion. Il interdit aux ministres de “s'attribuer aucune prérogative ni distinction” et aux non-catholiques “les charges de judicature” et “les places qui donnent le droit à l'enseignement public”. En défendant aux “ministres” (pasteurs) de porter titre et habit, on avoue qu'ils peuvent exister.
A la Révolution, personne ne s'oppose à ce que les protestants votent ou soient candidats lors des élections aux  États Généraux en 1789.

 

Le Serment du Jeu de Paume, 1789

le Serment du Jeu de Paume, 1789

L'article 4 de la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen, proposé par le pasteur Rabaut Saint-Etienne de Nîmes, institue la liberté de conscience. Les protestants deviennent des citoyens à part entière.